Home Economie Assèchement des sources d’approvisionnement des Groupes Terroristes : Une priorité du gouvernement burkinabè

Assèchement des sources d’approvisionnement des Groupes Terroristes : Une priorité du gouvernement burkinabè

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Le Burkina Faso subit les attaques terroristes depuis une décennie. Dans sa stratégie de lutte contre le terrorisme, le gouvernement a inscrit dans le plan d’action pour la stabilisation et le développement (PA-SD) : « L’assèchement des sources d’approvisionnement des Groupes Terroristes en ressources de tout genre avec un suivi renforcé des circuits informels de commercialisation des motos, des produits pétroliers et réseaux de transfert informel d’argent ». Quelles sont les sources d’approvisionnement du terrorisme au Burkina Faso et leurs ampleurs ? Quels sont les mesures de lutte prise ? Seront concernés par cette enquête, outre la mendicité, le trafic illicite de l’or, la drogue, le bétail et les intrants agricole.

Le financement du terrorisme peut se définir comme tout acte dont l’objectif vise à permettre l’accomplissement d’un acte terroriste par un terroriste ou une organisation terroriste. La lutte contre le terrorisme va de pair avec la lutte contre le financement du terrorisme.  

Au Burkina Faso, le trafic des produits prohibés constitue une source de financement du terrorisme.

Le trafic de drogue alimente le terrorisme

Le Burkina Faso partage 6 frontières avec ses voisins. « Cette position fait de notre pays une plaque tournante des trafics de tout genre et particulièrement de la drogue et des substances analogues », notre le Capitaine Bienvenu Somda, Commandant de la Compagnie de Gendarmerie de Bobo-Dioulasso.

En effet, des saisies de produits prohibés sont opérés régulièrement par les forces de l’ordre. Pour le Commissaire de Police Yacouba Farta, Chef de Service de la Police Judicaire des Hauts-Bassins : « Ces trois dernières années, nos services ont pu opérer des saisies de 991,8 kg de cannabis et 58,29 tonnes de médicaments prohibés. 61 personnes ont été interpellées et déférées devant les autorités judiciaires dont 53 hommes, 06 femmes et 02 personnes mineures. « 

Ces saisies confirment les résultats des enquêtes de l’Office des Nations unies contre la drogue, (ONUDC) qui indiquent que la cocaïne qui traverse l’Afrique pour rejoindre l’Europe, passe aussi par le Burkina Faso. En 2022, les prises les plus importantes ont été réalisées au Burkina Faso, bien loin devant le Niger et le Mali, note l’ONUDC. Il est évident que ce trafic alimente le terrorisme de 2 manières au Sahel. Dans un premier temps, les groupes terroristes financent une partie de leurs activités (achats d’armes et de logistiques, recrutement et prise en charge des combattants et leurs familles, etc). Mais les terroristes ne sont pas toujours les premiers acteurs de ce trafic. Les narco-trafiquants les utilisent pour s’attaquer aux forces de défense et de sécurité, déguerpir des localités entières pour créer des couloirs de passages des produits et faciliter les transits.

Dans un second temps, ils utilisent la drogue pour leur propre consommation pour atteindre leur objectif. Ainsi, en plus d’être des consommateurs, les terroristes profitent du trafic des produits illicites pour s’autofinancer.

Commissaire de Police Yacouba Farta, Chef de Service de la Police Judicaire des Hauts-Bassins confirme la consommation de la drogue par les terroristes : « Lorsqu’ils commettent leurs forfaits, ils sont souvent sous l’effet de la drogue et de l’alcool. Sur le terrain, là où les combattants campent avant les attaques les positions des forces de sécurité, on retrouve de la drogue, des sachets d’alcool fortes de marque vody, votcard.».

C’est au regard de ce contexte que la lutte contre le trafic des produits prohibés au Burkina Faso fait partie intégrante de la lutte contre le terrorisme.

Pour arriver à bout du phénomène, les forces de défenses et de sécurité de la région des Hauts-Bassins misent que la collaboration. « Nous recherchons les infractions forestières, faunique et halieutique. Mais il arrive souvent de tomber sur d’autres types d’infractions. Dans ce cas, nous faisons intervenir d’autres structures compétentes », confirme le Colonel des Eaux et Forêts Salifou Sandwidi, Directeur Régional de l’Environnement des Hauts-Bassins. La collaboration va au-delà de la police, la gendarmerie, la douane, la police municipale, et les eaux et forêts pour s’étendre au Comité national de lutte contre la fraude et à la commission nationale de lutte contre la drogue.

L’engrais : Une composante des explosifs utilisés par les terroristes

Les terroristes utilisent des engins explosifs dans leur action. Le nitrate d’ammonium qui sert à la fabrication de l’engrais peut devenir explosif, lorsqu’il est en contact avec une forte chaleur ou avecun combustible. Comment les terroristes s’en procurent-ils ?

Le gouvernement facilite l’acquisition d’engrais pour les producteurs agricoles des zones à fortes potentialités agricoles comme la région du Centre Est.

Germain Aimé Traoré, Directeur régional de l’agriculture du Centre-Est, indique : « Nous avons doté environ 7.500 tonnes d’engrais chimiques à nos producteurs durant la campagne humide passée 2024-2025».

Malheureusement, la position géographique de la région qui fait frontière avec 3 pays Togo, Ghana et Bénin facilite la présence d’autres types d’engrais sur les marchés, frauduleusement importés pour la grande partie. Alidou Ouédraogo, Directeur Régional en charge du Commerce du Centre-Est, confirme cette porosité des frontières : « Nous sommes dans une zone à trois frontières dont le Ghana, le Togo et dans une moindre mesure le Benin. Nos frontières sont assez poreuses et la plupart de l’engrais importés est issue de la fraude ». L’engrais fraudé comporte deux risques dont l’incertitude sur la qualité et l’absence de traçabilité de son origine. Une pratique très dangereuse car des individus malveillants pourraient s’en accaparer pour des usages détournés. En effet, la région abrite de nombreux sites d’orpaillage clandestins. Les artisans miniers l’utilisent pour des explosifs de tous genres et de manière anarchique. Cette partie du pays est aussi concernée par les incursions terroristes. Parmi les moyens utilisés par les groupes terroristes, les engins explosifs improvisés de fabrication artisanale. Les risques d’attaques à l’explosif est réel sur certaines routes.

Pour mieux maitriser la commercialisation et l’usage de l’engrais, le gouvernement a pris le 27 avril 2022 la mesure portant « interdiction de l’utilisation d’engrais chimiques dans les zones à forts défis sécuritaires ». Le vendredi 07 avril 2023, le Colonel Boukaré Zoungrana, alors ministre de le Sécurité a justifié une telle mesure affirmant que les engrais chimiques sont toujours utilisés par « l’ennemi » pour fabriquer des engins explosifs improvisés contre les forces combattantes.

Le bétail, source de financement du terrorisme

Le vol et la vente de bétail alimente le terrorisme.

Kaya est le chef-lieu de la région du centre nord où sévit le terrorisme depuis 10 ans. Malgré cette situation d’insécurité, les acteurs de la filière viande et bétail s’approvisionnent facilement et font de bonnes affaire. Le recel et la vente d’animaux volés par les groupes terroristes en serait la principale cause. Aïcha, déplacée interne de Pissila qui réside à Kaya depuis 2022 témoigne que lors du déguerpissement de son village, les terroristes se sont emparés des animaux des populations de force. Ils en ont fait de même dans les autres villages environnants. La nature des bêtes volées est d’ailleurs révélatrice. « Les animaux les plus convoités par les terroristes sont les bovins et les caprins parce qu’ils arrivent à les écouler facilement. Ils ne touchent pas par contre aux ânes qu’ils chassent des concessions ou les abattent par méchanceté », selon Moustapha, une autre victime des terroristes.

Si quelques animaux volés peuvent servir à la consommation des terroristes, la majorité est, le plus souvent, vendue pour faire fortune. C’est ainsi qu’après les attaques terroristes, des éleveurs dépossédés qui sillonnent les marchés à la recherche de leur bétail retrouvent certains animaux à ces lieux.

La revente des animaux volés par les terroristes contribue à rendre disponible les animaux à moindre coût. Pascaline est une enseignante ayant résidée à Pissila en 2022. Elle indique que le couple de volaille, coq et poule, coûtait seulement 2 500 FCFA au temps fort du terrorisme dans la zone alors qu’en temps normal, un seul poulet est vendu à 4 000 F CFA. Une chèvre qui coûtait au minimum 25 000 francs CFA a été vendu à 10 000 F CFA pendant au passage des terroristes. D’autres personnes résidentes à Kaya ont aussi observé que les périodes d’abondance de viande coïncident très souvent avec l’arrivée soudaine de déplacés internes ayant fui les exactions terroristes.

L’écoulement des animaux volés par les terroristes constituent un acte répréhensible par la loi. Oumarou, un marchand de bétail à Kaya, relate qu’il a été témoin de plusieurs arrestations d’individus par les Forces de sécurité au marché de bétail. « Il nous est parvenu qu’après vérification, ces derniers travaillent avec les terroristes dans le cadre de la vente d’animaux », raconte-t-il.

Par l’exploitation artisanale de l’or

L’exploitation artisanale de l’or finance le terrorisme.

Les sites d’exploitation artisanale sont à la fois une cachette d’armes, des sources de revenus pour recruter de nouveaux membres, entretenir les familles des combattants, acheter des armes et la logistique. Une situation favorisée par les pratiques en cours dans ce secteur, caractérisées par une exploitation anarchique des sites et une fraude massive à la commercialisation. En effet, le gouvernement éprouve des difficultés pour maitriser toute la chaine de commercialisation de l’or d’exploitation artisanale. Pendant que le ministère des mines déclare une production de 259 kg en 2019 et 491,30 kg en 2023, une enquête de l’Institut national de la statistique et de la démographie (INSD) a révélé que 6,8 tonnes d’or ne sont pas collectées sur une année. Dans ce contexte d’insécurité, une partie de cet or bénéficie aux terroristes dans plusieurs régions du Burkina Faso.

Dans la région du Sahel par exemple, aux premières heures des attaques terroristes, en 2016, les terroristes percevaient déjà des taxes sur chaque orpailleur sur les sites artisanaux. Ils avaient leurs propres acheteurs et imposaient leurs prix. Des descentes de l’armée sur des sites d’orpaillage ont permis de saisir des armées que les terroristes cachaient dans les trous des exploitants d’or. Ces trous servent de lieux de cachette des armes que les terroristes utilisent la nuit.

Dans la région de l’Est, le terrorisme s’être développé par endroits autour de l’exploitation artisanale de l’or, notamment, dans la localité de Kabonga.

L’ex ministre des mines, Oumarou Idani a reconnu en mai 2019 que dans cette région, les terroristes autorisaient l’exploitation artisanalement l’or dans les forêts classées contre le paiement de taxes. En contrepartie, les terroristes sécurisaient les sites tout en garantissant la nourriture des orpailleurs.

Le financement du terrorisme par l’exploitation des sites d’or artisanaux a intéressé l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives du Burkina Faso (ITIE-BF). Son rapport de l’étude sur les flux financiers illicites dans le secteur extractif publié en mai 2023 précise que « certains sites d’exploitation artisanale ne fonctionnent que sous les règles et conditions établies par les Groupes armés terroristes. Ils y érigent leurs règles notamment le paiement de pourcentage sur les gains, l’imposition de taxes sur les revenus et le prélèvement de la zakat.

L’ITIE-BF indique que le démantèlement d’un réseau de trafiquants d’or dans la région de l’Est du Burkina, a permis de découvrir que « le produit de vente du minerai avait été transféré aux groupes terroristes. ». Des enquêtes judiciaires, indique le rapport, ont prouvé que « les minerais objet de trafic dans les zones à forts défis sécuritaires proviennent des sites aurifères sous influence des groupes terroristes ».

Le prélèvement d’un impôt sur les orpailleurs a été documenté par l’ONG Crisis group qui a indiqué que « Plusieurs sources au Burkina Faso ont confirmé que ces attaques et affrontements récurrents visant les sites d’orpaillage dans la région du Sahel depuis 2016, indiquant qu’ils étaient désormais « pris en otage » par des groupes armés non-étatiques ».

La rémunération des terroristes par les orpailleurs prend plusieurs formes. Sur certains sites, chaque orpailleur donne aux terroristes, un sac de minerai sur 10 sacs qu’il a extrait.

Sur ces sites, les terroristes peuvent collecter par site d’exploitation, 10 sacs de 50 kg de minerais par jour. Ne maitrisant pas la technologie pour extraire l’or, les terroristes recrutent des jeunes mais se chargent eux-mêmes de la vente de l’or.

Les procès de terroristes en 2024 au Tribunal de grande instance de Ouaga 2, qui abrite le pôle judiciaire anti-terroriste, a permis de documenter cette pratique. O.S qui tentait de vendre de l’or Ouagadougou a été arrêté par la police à Ouagadougou. Il était venu de Mansila, dans la région du Sahel. Spécialisé dans l’exploitation de l’or et des explosifs, il a été recruté par les terroristes comme formateur à l’exploitation de l’or et à l’utilisation des explosifs. C’est à lui de déterminer la nature d’une explosion qui intervient, si elle a été provoquée par l’armée ou par des orpailleurs. Polyglotte, il parle 3 langues locales dont le morré, le fulfuldé et le gourmatché. Il sert de traducteur aux terroristes.

En contrepartie, les terroristes lui permettent acheter et de rendre l’or pour revendre à Ouagadougou. Pour y arriver, il traverse la zone dangereuse occupée par les territoires sans danger.

Sur d’autres sites artisanaux d’exploitation de l’or, les orpailleurs ravitaillent les groupes terroristes des explosifs. C’est ce qui justifie les attaques sur plusieurs sites dont Alga (centre nord), Tondobi et de Baliata (Est), Solhan (Sahel).

Dans le cadre de la lutte contre le fléau, le gouvernement a officiellement fermé les sites d’orpaillage dans plusieurs régions. Depuis le 20 février 2023, il a suspendu l’exportation de l’or d’exploitation artisanale et semi-mécanisée. C’est la Société nationale des substances précieuses (SONASP), créée en octobre 2023, qui assure désormais le rôle de commercialisation de l’or collecté au plan national. En 2024, la SONASP a pu collecter 8 tonnes d’or artisanal contre 491,30 kg en 2023.

Mendicité, 2ème rang des types de financement du terrorisme.

Dans la ville de Bobo-Dioulasso, plusieurs enfants pratiquent la mendicité. Ce phénomène a pris de l’ampleur depuis la survenue du terrorisme. En effet, après les attaques terroristes de leur village, des parents, à l’instar de celui de Aboubacar, 10 ans originaire d’un village de Solenzo, ont confié leurs enfants à des maîtres coraniques pour l’apprentissage du coran. Mais ces enfants sont utilisés comme mendiants. On rencontre également des familles entières qui pratiquent la mendicité dans les domiciles, les lieux publics, les feux tricolores, etc.

Selon certaines sources, la mendicité contribue au financement du terrorisme de trois manières. Si une partie de recettes issues de cette pratique est rapatriée au profit des groupes terroristes, des mendiants sont utilisés par ces groupes comme des guetteurs des lieux stratégiques et les positions des forces de défense et de sécurité.

Une information confirmée par le ministère de la Sécurité en septembre 2024 qui a indiqué que des individus mal intentionnés se font passer pour des mendiants et des vendeurs ambulants pour espionner des sites sensibles.

Sur le recrutement des terroristes parmi les mendiants, le contrôleur général et ancien Directeur général de la Police nationale du Burkina, Paul Sondo, par ailleurs auteur du livre « De la mendicité aux opportunités ou aux enfers », a lui aussi évoqué entre autres, la nécessité d’extraire les jeunes du cercle des mendiants afin d’affaiblir les sources d’alimentation des terroristes en ressources humaines. Car, « si on part du fait que les sujets favorables à l’enrôlement sont les désœuvrés et des personnes ayant des difficultés de se procurer des moyens de vie, on comprend aisément quels sont les facteurs favorables », dit-il.

Enfin, les terroristes recrutent une bonne partie des combattants dans les rangs des mendiants.

Dans ses actions de lutte contre le fléau, les Forces de sécurité ont retiré 317 mendiants de la rue dans 07 régions du Burkina, pour des raisons sécuritaires en septembre 2024

Le financement du terrorisme par les recettes de la mendicité est confirmé par un rapport du Groupe d’action financière (GAFI) intitulé « Financement du terrorisme en Afrique de l’Ouest » publié en octobre 2013. Pour le rapport, la mendicité est classée au 2ème rang des cas de typologie du financement du terrorisme. C’est la raison pour laquelle, le GAFI a recommandé une « la surveillance efficace des activités des mendiants dans les rues ».

EK

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