La ville d’Accra, au Ghana a abrité les 27 et 28 novembre 2025, une Conférence régionale sur le thème : « Cartographier l’avenir des marchés de la drogue en Afrique de l’Ouest : drogues synthétiques, cocaïne, argent sale et réponses stratégiques ».Organisée par Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC), en collaboration avec le gouvernement du Ghana et la République de Pays-Bas ; cette conférence a réuni plusieurs experts et acteurs clés de lutte contre les flux financiers illicites en Afrique et dans le monde.
Au cours de la conférence, une table ronde a été animée sur les tendances régionales et internationales de l’argent sale. A cette occasion, Elie Kaboré, Directeur de Publication du média en ligne Mines Actu Burkina et membre de la Cellule Norbert Zongo pour le journalisme d’investigation en Afrique de l’Ouest (CENOZO) a présenté une communication sur le rôle des journalistes dans la lutte contre le trafic de drogue, source importante de flux financiers illicites en Afrique de l’Ouest.
Lors de son intervention, Elie Kaboré a salué la sortie du Burkina Faso, fin octobre 2025, de la « zone grise » du GAFI (Groupe d’action financière). Selon lui, « cette avancée, qui place désormais le pays parmi ceux qui luttent efficacement contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, résulte des efforts soutenus du gouvernement burkinabè ». Pour le conférencier, cette reconnaissance internationale témoigne de progrès concrets dans la mise en œuvre des standards mondiaux.
S’appuyant sur son expérience personnelle, Elie Kaboré a insisté sur les prérequis indispensables pour traquer l’argent sale : une solide maîtrise des cadres politiques, juridiques, réglementaires et institutionnels, tant au niveau national qu’international. Face à la complexité des opérations financières, il appelle à une spécialisation renforcée des journalistes en investigation, en data-journalisme et fact-checking ; tout en veillant à la sécurité personnelle et au strict respect des règles d’éthique et de déontologie du métier.

Quelques conseils du journaliste sur les outils et techniques d’enquête sur l’argent sale
Pour enquêter sur l’argent sale, Elie Kaboré recommande la mise en place de système de veille pour collecter au jour le jour des données auprès des sources crédibles. Ces sources peuvent être documentaires ou numériques. « L’ONUDC publie chaque 26 juin un rapport à la faveur de la Journée internationale contre l’abus et le trafic de drogues. Le GIABA publie des rapports réguliers tout comme le GI-TOC. Les plateformes digitales de certaines institutions comme les pages Facebook de la douane, la police, la Coordination nationale de lutte contre la fraude, etc. font des comptes rendus de saisies », explique-t-il.

« Les publications du Gouvernement comme les Annuaires statistiques, donnent des informations et des chiffres sur le phénomène. Ajoute-t-il. Les procès en justice sont également des lieux de collecte d’informations. Ces informations doivent être complétées par des entretiens directs des agents chargés de la lutte, des experts, des auteurs et des victimes. Les informations ainsi collectées peuvent être cartographiées avec des légendes pour modéliser le problème et comprendre ses contours ».
Pour Elie Kaboré, cette méthodologie permet de comprendre la nature des produits illicites en circulation, d’identifier les sources de financement, de mesurer l’ampleur du problème à travers la fréquence et les quantités saisies, le circuit de la commercialisation, les causes et les facteurs favorisants, les acteurs en présence (auteurs, victimes, acteurs de la répression), la destination avec un aspect sur le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, les conséquences (économique ; sociale, environnementale). « Ce travail du journaliste permet d’informer mais aussi d’aider à la décision », précise-t-il.
Revenant sur les tendances observées dans le cadre de ces travaux, Elie Kaboré a indiqué que le Burkina Faso est un pays de destination, mais aussi de transit de flux financiers illicites. « Les saisies réalisées par les services compétents tracent le circuit qui part des villes frontalières (Bénin, Togo, Ghana, Côte d’Ivoire) pour remonter vers le centre du pays et la bande Sud avec pour destination les grands centres urbains que sont Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. Des saisies sont aussi opérées dans la partie nord du pays. Les sites d’exploitation artisanale sont aussi des zones de destination du trafic », explique-t-il.
Pour conclure sa communication, Elie Kaboré a insisté sur le lien entre le trafic de drogue et le financement du terrorisme. Selon lui, le trafic de drogue est l’une des principales sources de revenus des groupes armés terroristes. Il a donc mis l’accent sur comment les journalistes peuvent contribuer à la lutte contre le terrorisme en suivant les traces de l’argent sale.
Pierre Balma
Mines Actu Burkina








