Priscille ZONGO est l’actuelle Directrice exécutive de la Chambre des mines du Burkina. Dans cette interview, elle raconte son parcours qui l’a conduit dans le secteur minier et à la direction exécutive de la Chambre des mines du Burkina. Elle aborde les difficultés en tant que femme et comment elle les a surmontés. Elle analyse la présence de la femme dans le secteur minier et termine par des conseils aux jeunes filles.
Mines Actu Burkina : Racontez-nous votre parcours qui vous a conduit dans le secteur minier et à la direction exécutive de la Chambre des mines du Burkina ;
Payidwendé Priscille ZONGO : Mon parcours dans le secteur minier s’est construit progressivement, au fil des opportunités et des expériences. À l’origine, rien ne me prédestinait spécifiquement à ce domaine. J’ai eu mon premier contact avec le secteur minier en allant proposer des produits d’assurance à la société Gold Fields, à l’époque où elle reprenait les actifs du projet Essakane au Burkina Faso.
Par la suite, j’ai choisi de poursuivre dans une autre voie que les assurances, en me tournant vers l’audit, avec pour objectif initial de devenir expert-comptable, c’est ce qui avait motivé mon choix de la filière finance comptabilité.
C’est en ce moment que le Groupement professionnel des miniers du Burkina (GPMB), aujourd’hui la Chambre des Mines du Burkina, m’a approchée en 2011, pour assurer les fonctions de Secrétaire permanent. J’ai ainsi intégré une organisation qui jouait déjà un rôle clé dans un contexte marqué par une forte évolution du secteur minier.
À cette période, le secteur connaissait en effet une croissance importante, avec la mise en production de plusieurs mines et l’attribution de nombreux permis de recherche. Les acteurs ont alors ressenti le besoin de structurer davantage leur cadre de collaboration, afin de mieux porter leurs préoccupations, renforcer la formation et l’information, et favoriser le partage d’expériences et de bonnes pratiques.
C’est dans ce contexte qu’a été créée la Chambre des Mines du Burkina en mai 2011. J’ai poursuivi mon parcours au sein de cette institution, en occupant successivement les fonctions de Responsable de l’administration et des finances, puis de Directrice exécutive adjointe, avant d’être nommée Directrice exécutive en 2022.
Au-delà des fonctions, c’est avant tout un parcours d’engagement et d’apprentissage continu, construit au contact des acteurs du secteur et marqué par une volonté constante de contribuer à son développement et à sa structuration. J’ai également eu la chance d’être témoin des nombreuses mutations qu’a connues le secteur minier au fil des années.
Quelles sont vos principales responsabilités en tant que Directrice exécutive ?
En tant que Directrice Exécutive de la Chambre des Mines du Burkina, mes principales responsabilités consistent à assurer la coordination et la gestion globale des activités de l’institution.
Concrètement, je veille à la mise en œuvre de la vision et des orientations stratégiques définies par les membres, et porte par le Conseil d’administration de la Chambre
Je suis également chargée de la représentation de la Chambre auprès des institutions publiques et privés, des partenaires ainsi que des différents acteurs du secteur.
Mon rôle consiste aussi à coordonner les actions de plaidoyer, de renforcement des capacités et d’appui aux entreprises, ainsi qu’à promouvoir un secteur minier attractif, compétitif et créateur de valeur.
Enfin, j’assure la gestion administrative et opérationnelle de la structure, en veillant à la bonne organisation interne, à la mobilisation des ressources et à la qualité des services rendus aux membres.
Mon objectif est de contribuer, aux côtés de l’ensemble des acteurs, à un développement harmonieux et durable du secteur minier au Burkina Faso.
Avez-vous rencontré des difficultés en tant que femme et comment vous les avez surmontées ?
« C’est une question à laquelle j’ai parfois du mal à répondre, parce qu’elle me met face à un équilibre. Si je dis que je n’ai pas rencontré de difficultés, celles qui en ont vécu pourraient ne pas s’y retrouver. Et si je dis que j’en ai eu, on attend souvent des exemples précis que je ne peux pas toujours isoler.
Je pense que cela tient en partie à mon éducation. Mon père nous disait souvent : “Tu es un être humain avant d’être une femme.” Cela a façonné ma manière d’aborder les situations. J’ai toujours considéré que les défis auxquels je fais face relèvent avant tout de mon parcours professionnel, de mes compétences et des efforts que je fournis, plutôt que de mon genre.
Ainsi, si une opportunité m’échappe, je l’analyse en termes d’amélioration : peut-être que je n’ai pas suffisamment préparé, ou que je n’ai pas suffisamment insisté. Cette approche m’a permis de développer de la résilience et de toujours chercher à m’améliorer.
Cela dit, de manière générale, il y a toujours des défis dans une carrière, quel que soit le domaine. Dans le secteur minier, ces défis sont particulièrement liés à la complexité et aux enjeux importants du secteur. À la Chambre des Mines, cela exige une bonne compréhension des problématiques, une capacité d’analyse approfondie, ainsi qu’une aptitude à collecter, structurer et communiquer efficacement l’information.
Au final, je dirais que je me concentre davantage sur les exigences du métier et les compétences à mobiliser que sur une lecture liée au genre. Et c’est cette posture qui m’a permis d’évoluer et d’assumer mes responsabilités aujourd’hui.
Comment évaluez-vous la présence des femmes dans le secteur minier au Burkina Faso ?
Selon les données du rapport ITIE 2024, les femmes représentent environ 11 % des effectifs du secteur minier industriel. Certaines entreprises se distinguent toutefois par des efforts plus soutenus, avec des taux avoisinant les 13 %, notamment au sein de sociétés comme IAMGOLD Essakane SA ou Roxgold Sanu SA.
De manière générale, les femmes sont davantage présentes dans les fonctions support, alors que les métiers techniques, qui représentent entre 60 et 80 % des effectifs sur un site minier, restent encore majoritairement occupés par des hommes. Cela s’explique en partie par un faible nombre de femmes orientées vers les formations techniques et professionnelles, qui constituent pourtant un vivier essentiel pour ces emplois.
Le même constat s’observe au niveau des postes de cadres, tels que les ingénieurs, géologues ou géochimistes, où la représentation féminine demeure limitée, en raison notamment d’une faible orientation des jeunes filles vers les filières scientifiques.
À ces facteurs s’ajoutent des contraintes liées aux conditions de travail dans le secteur minier, notamment le système de rotation qui impose des séjours prolongés sur les sites. Cela peut rendre plus complexe la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale, et expliquer un « Turnover rate » plus élevé chez les femmes. On observe néanmoins que les femmes recrutées localement s’inscrivent davantage dans la durée, ce qui met en évidence l’importance de cet enjeu.
Par ailleurs, la représentation des femmes diminue encore davantage aux postes de responsabilité. Elles restent très peu présentes aux niveaux de direction, avec une quasi-absence de femmes à des postes tels que Directrice Pays ou Directrice Générale, Directrice des Operations.
Cependant, il convient de souligner les efforts importants consentis par les sociétés minières pour attirer et retenir les talents féminins. Cela se traduit notamment par des politiques de recrutement encourageant les candidatures féminines, ainsi que par des dispositifs d’accompagnement, comme l’aménagement des conditions de travail ou des mesures renforcées en matière de congé de maternité.
Enfin, il est important de rappeler que la présence des femmes constitue un véritable levier de performance pour le secteur. Leur contribution est reconnue aussi bien dans les métiers techniques, où elles apportent rigueur et précision, que dans les fonctions managériales, où leurs compétences en communication, en gestion des équipes et en recherche de consensus sont particulièrement appréciées.
Aujourd’hui, la promotion du genre n’est plus seulement une question d’équité, mais également un enjeu de performance et de durabilité pour le secteur minier.
Avez-vous un conseil à donner aux femmes et surtout aux jeunes filles ?
À l’endroit des femmes, je me garderai de donner des conseils de manière générale, car chaque parcours est unique. À certains moments de la vie, il revient à chacune d’identifier ses priorités et de faire des choix en cohérence avec ses ambitions et ses réalités.
Cela dit, je tiens à encourager celles qui ont fait le choix d’évoluer dans le secteur minier. Leur présence est essentielle : elles contribuent non seulement à rendre cette industrie plus inclusive, mais aussi à renforcer sa performance globale. Leur engagement participe à transformer durablement le secteur.
S’agissant des jeunes filles, le message est plus direct, car elles constituent la tranche des femmes qui a le plus besoin d’orientation et d’accompagnement. Je les encourage vivement à s’intéresser à la formation professionnelle, ainsi qu’aux filières scientifiques et techniques. Ces domaines offrent aujourd’hui de réelles opportunités d’insertion dans les métiers des mines.
Il est important de rappeler que des exemples de réussite existent. Des femmes font déjà carrière dans ce secteur et y réussissent pleinement. Ces parcours doivent servir de sources d’inspiration : travailler dans les mines et y construire une carrière solide est tout à fait possible.
De manière concrète, j’invite les jeunes filles à rester attentives aux avis de recrutement et oser postuler ; multiplier les stages, notamment auprès des sous-traitants et des fournisseurs de biens et services du secteur minier ; capitaliser sur ces expériences pour améliorer leur employabilité.
Enfin, le développement de compétences complémentaires est un atout majeur. La maîtrise de l’anglais, ainsi que des formations en santé et sécurité au travail, sont particulièrement valorisées dans l’industrie minière, qui accorde une grande importance à ces enjeux.
Propos recueillis par Elie KABORE
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