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« Pendant que la majorité des minéraux critiques se trouvent dans les pays les moins développés, les besoins de consommation sont plus exprimés dans les pays développés », Aristide Belemsobgo, Directeur général des mines et de la géologie (DGMG) du Burkina Faso

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Aristide Belemsobgo, Directeur général des Mines et de la Géologie (DGMG) au ministère de l’Energie, des Mines et des Carrières

Aristide Belemsobgo est le Directeur général des mines et de la géologie (DGMG) au ministère de l’Energie, des Mines et des Carrières. Titulaire d’un Master en Ressources minérales et Géotechnique de l’Université Joseph Ki-Zerbo, il définit les minéraux stratégiques, les minéraux critiques et les minéraux de transition. Il informe que des actions sont en cours au Burkina Faso pour un développement socioéconomique endogène à partir de ces minéraux.

Mines Actu Burkina : On entend souvent parler de minéraux stratégiques, minéraux critiques et minéraux de transition. Quelle différence y a-t-il entre ces 03 concepts ? 

Aristide Belemsobgo : Un minéral est stratégique s’il revêt une importance cruciale pour l’économie mondiale et pour diverses industries (technologies, armement, etc.). On parle de criticité si ces minéraux stratégiques commencent à présenter des risques en termes d’approvisionnement, en raison de leur rareté, de leur concentration géographique, de la géopolitique, de leur vulnérabilité aux fluctuations des marchés mondiaux, ou de leur dépendance à des chaînes d’approvisionnement complexes. Chaque pays, en fonction de ses besoins et de ses orientations politiques et économiques, va définir une liste de minéraux critiques ou stratégiques assortie d’une stratégie pour son développement.

De nos jours, la géopolitique est l’élément important à prendre en considération quand nous parlons de minéraux critiques. Pendant que la grande majorité des minéraux critiques se trouvent dans les pays les moins développés (cobalt (RDC), le cuivre (RDC et Zambie), la bauxite (Guinée), le manganèse (Afrique du Sud, Gabon, Ghana, Burkina Faso), les platinoïdes (Afrique du Sud), le lithium (Zimbabwe, Mali)), les besoins de consommation sont plus exprimés dans les pays développés. Par exemple, pour les pays de l’Union européenne et les Etats-Unis, le lithium, le graphite, le cobalt, le cuivre, le zinc, le manganèse, l’aluminium, entre autres, demeurent critiques car essentiels au développement de nouvelles technologies pour la transition énergétique. Ce qui fait que ces pays sont obligés d’adopter des stratégies pour acquérir plus de parts de marché dans la chaîne d’approvisionnement de ces matériaux critiques. Certains pays européens, au regard du risque d’approvisionnement de ces minéraux, sont en train de relancer l’exploration minière dans leur pays, pour être à l’abri du besoin.

Enfin, on parle de minéraux de la transition énergétique, l’ensemble des minéraux qui entrent dans la définition de nouvelles technologies pour assurer la transition énergétique. La transition énergétique désignant l’ensemble des transformations du système de production, de distribution et de consommation d’énergie effectuées sur un territoire dans le but de le rendre plus écologique. Concrètement, la transition énergétique vise à transformer un système énergétique pour diminuer son impact environnemental. Elle consiste à la transformation d’un système de production énergétique, de sorte à passer d’un système énergétique essentiellement fondé sur des énergies fossiles et polluantes, à un système fondé sur des énergies renouvelables et moins polluantes.

Au nombre de ces minéraux, nous avons le lithium, le cobalt, le graphite, qui sont essentiels pour la fabrication des batteries électriques, notamment pour les véhicules électriques, l’aluminium et le cuivre importants pour le développement des réseaux d’électricité et des infrastructures solaires.

Comment le Burkina Faso définit-il les minéraux stratégiques ?

Pour le cas du Burkina Faso, la loi 016-2024/ALT du 18 juillet 2024 en son article 3 portant Code minier du Burkina Faso définit les minéraux stratégiques comme « des substances qui présentent une importance capitale pour l’économie du pays et/ou qui constituent des sources d’énergie ». La loi a prévu en son article 5, la prise d’un texte règlementaire pour la définition des minéraux stratégiques en fonction des nécessités d’intérêt national. Ce texte devrait permettre de définir des conditions spécifiques de recherche, d’exploitation, de commercialisation et de transformation de ces substances qui seront classées comme stratégiques.

Y a-t-il des actions en cours pour ériger ou codifier certains minéraux stratégiques ? 

Des actions ont été entreprises depuis décembre 2023, avant la révision du Code minier du Burkina Faso en 2024. En effet, un atelier a été organisé en fin d’année 2023 par la Direction générale des mines et de la géologie, en présence de nombreux experts nationaux, pour réfléchir sur une liste préliminaire de minéraux qui pourraient cadrer avec les objectifs de développement du pays, prenant en compte des axes de développement tels que l’agriculture, les infrastructures, l’industrialisation, l’énergie et la santé.

La tenue de la SAMAO 2024 avec le thème central portant sur les minéraux critiques a permis d’affiner la réflexion sur les actions à mener pour la définition d’une stratégie pour la recherche et la valorisation de minéraux stratégiques par les pays africains. Les recommandations issues de cette SAMAO sont en cours d’implémentation au Burkina Faso. En effet, lors du 2e CASEM du ministère de l’Energie, des Mines et des Carrières, tenu le 17 décembre 2025, une réflexion a été menée à travers le rapport introductif du CASEM sur le thème : « Minéraux stratégiques au Burkina Faso et perspectives de recherche en vue d’un développement endogène ». Elle a permis de faire le point sur la recherche minière menée au Burkina Faso et de proposer des actions à mener pour un développement socioéconomique endogène à partir de ces minéraux.

Quels sont les minéraux stratégiques existants au Burkina Faso ?

Pour le moment, il n’y a pas encore de liste officielle de minéraux stratégiques au Burkina Faso, bien que la réflexion soit menée depuis ces deux dernières années. Cependant, en fonction des axes prioritaires de développement du pays qui seront définis dans le Plan national de développement (PND), des substances qui entrent, par exemple, dans la fabrication des engrais tels que le phosphate, le calcaire, le soufre ou le manganèse, ou dans les infrastructures tels que le calcaire dolomitique, le calcaire, le sable, la latérite, le fer, le manganèse, l’aluminium, l’argile, le granite, le Gabbro, le Grès, le Talc, entre autres, pourront éventuellement être placées dans la liste des minéraux stratégiques du Burkina Faso.

Des recherches sont-elles en cours sur ces minéraux ?

Les recherches effectuées par le Bureau des mines et de la géologie du Burkina (BUMIGEB) et ses partenaires depuis les années 60 ont permis de mettre en évidence des indices et des gîtes. Des gîtes de phosphates sont connus dans la partie Est du pays, le calcaire est largement répandu dans l’Ouest du pays et au Sahel, le manganèse constitue un important gîte dans le Sahel, etc. L’attente de l’administration des Mines est de pouvoir permettre la valorisation de l’ensemble de ces indices et gîtes mis en évidence, à travers la poursuite de la recherche ou la définition de mécanismes d’exploitation (phosphate, manganèse, etc.). Lors du CASEM, en fin d’année 2025, instruction a été donnée par le ministre en charge des mines de mettre les minéraux stratégiques au cœur de la recherche minière, afin que leur exploitation puisse constituer un levier de développement socioéconomique. Le Service géologique national du Burkina Faso a, de ce fait, défini une stratégie de recherche dans ce sens. Au demeurant, l’article 19 de la loi 016-2024/ALT, dans le sens de la promotion de la recherche de ces substances, a permis la superposition des titres miniers en fonction des catégories.

Interview réalisée par Elie KABORE

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